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Éditorial

Samuel ARBIB

Samuel ARBIB — Directeur du Collège-Lycée Yabné

« Le monde ne repose que sur le souffle des écoliers. » Talmud de Babylone, Chabbat 119b

Cette phrase a deux mille ans. Elle n'a jamais été aussi difficile à tenir.

Nous vivons dans un monde qui disperse l'attention. Les écrans accélèrent tout, les réponses sont immédiates, la mémoire s’exporte hors de nous. Dans ce contexte, enseigner vraiment, apprendre vraiment, ne va plus de soi. La question n'est donc pas seulement pédagogique. Elle est plus profonde : quel être humain voulons-nous former ?

Le judaïsme porte cette interrogation depuis des siècles. L'étude n'y est pas une obligation parmi d'autres : elle est une manière d'habiter le monde. On n'apprend pas seulement pour réussir un examen. On apprend parce que comprendre a de la valeur en soi, parce que cela forme le jugement, et parce que la transmission donne une direction.

Chaque semaine, le Chabbat vient nous le rappeler. Pendant vingt-cinq heures, le temps change de rythme. Pas de notification, pas d'écran, pas d'intelligence artificielle. On retrouve la présence aux autres, la conversation, l'étude, l'essentiel. Ce n'est pas un retrait du monde mais une manière de mieux y prendre part. Dans un temps d'hyperconnexion, cette respiration hebdomadaire prend une signification nouvelle : la technologie est un outil, pas une finalité.

C'est dans cet esprit que Yabné accompagne ses élèves. L'équipe pédagogique les conduit avec bienveillance et exigence, et nos résultats en témoignent. Mais ce que beaucoup de nos anciens retiennent avant tout, c'est une méthode, un double ancrage au ‘Hol et au Kodech. Apprendre à lire une Michna et à démontrer un théorème. À commenter un Rachi et à rédiger une dissertation. À ne jamais opposer les héritages, mais à les faire dialoguer.

C'est cette formation qu'ils emportent ensuite avec eux, en classe préparatoire, en médecine, en école d'ingénieurs, en France comme en Israël. Très souvent, lorsqu'ils regardent en arrière, c'est l'effort de réflexion, la rigueur acquise ici, qu'ils citent comme leur premier atout.

Apprendre dans de bonnes conditions suppose aussi de grandir dans des espaces qui donnent envie de vivre et de travailler ensemble. Le CDI rénové, la salle de musique, la ludothèque, les vestiaires du gymnase, la cafétéria, et bientôt une nouvelle cour ainsi que deux salles de sport supplémentaires : une école ne doit pas seulement être performante, elle doit aussi être un lieu de vie.

Cette ambition dépasse aussi nos murs. Les voyages en France et à l'étranger, les échanges avec l'école Beth Yaacov de São Paulo, le projet Tikvah sur le campus de Princeton, les options diversifiées et les projets interdisciplinaires reposent sur un même pari. Un jeune qui confronte ses certitudes à d'autres lieux, d'autres langues, d'autres cultures revient différent : plus solide, autrement curieux. On n'apprend pas une langue de la même manière quand on la pratique sur place. Et l'on ne se construit jamais tout à fait seul mais avec l’autre, en Havrouta. 

Cette année encore, les résultats de Yabné confirment sa place parmi les références de l'éducation juive en France. Mais notre ambition demeure celle du premier jour : former des jeunes qui savent apprendre. Pas seulement pour leurs études mais aussi pour tout ce qui vient après.

Yabné, c’est ça : un établissement où l'exigence intellectuelle et la transmission ne s'opposent pas, où elles se tiennent.

Je vous souhaite une excellente lecture.

Samuel Arbib Collège-Lycée Yabné

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